Corrigé détaillé · chapitre 1

Penser comme un analyste financier

Étude de cas : Riad Tazdayt

  1. Les trois lecteurs. La banque : « Le riad pourra-t-il rembourser 1,8 MDH en cinq ans ? » Elle lit d’abord l’EBE (2,1 MDH) et les dettes de financement (2,5 MDH), qu’elle rapproche ensuite de la trésorerie (question 3). L’investisseur : « Que rapportera mon apport de 0,6 MDH ? » Il lit le résultat net (0,8 MDH) et les capitaux propres (4,5 MDH). L’entreprise de travaux : « Serai-je payée ? » Elle lit la trésorerie nette (1,3 MDH) et les acomptes reçus (0,7 MDH), qui disent quelle part de cet argent est vraiment libre.
  2. Activité et marge. Chiffre d’affaires : (7,4 − 6,2) / 6,2 = +19,4 %. Nuitées : 71 / 62 − 1 = +14,5 %. Prix moyen d’une nuitée : (7,4 / 6,2) / (71 / 62) − 1 = 1,1935 / 1,1452 − 1 = +4,2 %. La croissance vient surtout du remplissage, un peu des prix. Taux d’EBE : 1,6 / 6,2 = 25,8 % ; 2,1 / 7,4 = 28,4 %, soit +2,6 points : une partie des charges d’un riad (personnel permanent, entretien de la maison) ne suit pas les nuitées, et chaque chambre remplie en plus améliore la marge.
  3. Financement et rémunération. Dette nette 2025 : 2,5 − 1,3 = 1,2 MDH, soit 1,2 / 2,1 = 0,57 fois l’EBE. Le prêt et l’apport paient les 2,4 MDH de travaux (1,8 + 0,6), donc la trésorerie ne bouge pas. Après le prêt, la dette nette passe à 1,2 + 1,8 = 3,0 MDH, soit 3,0 / 2,1 = 1,43 fois l’EBE. Sans compter les acomptes comme trésorerie, le ratio monte à (3,0 + 0,7) / 2,1 = 1,76 fois : il reste sous le plafond de 3 fixé par la banque. Résultat net / capitaux propres : 0,8 / 4,5 = 17,8 %.
  4. La date de clôture. Au 31 décembre, les clients des fêtes et du début d’année ont versé leurs acomptes : 0,7 MDH des 1,3 MDH de trésorerie nette correspondent à des nuitées que le riad doit encore fournir. Il ne reste que 0,6 MDH de trésorerie libre. Si l’entreprise de travaux exige son acompte de 30 % × 2,4 = 0,72 MDH avant le versement du prêt et de l’apport, cette trésorerie libre n’y suffit pas. À demander : le carnet de réservations de 2026 et le taux d’occupation mois par mois ; les relevés bancaires mensuels ; le devis et le calendrier du chantier (date de l’acompte, date du déblocage des fonds, chambres fermées et pour combien de mois).
  5. Avis (exemple). « Le riad remplit mieux ses chambres (71 % contre 62 %) et dégage un EBE de 2,1 MDH, soit 28,4 % de ses ventes ; après le prêt, sa dette nette atteindrait 1,4 fois l’EBE (3,0 / 2,1), et 1,8 fois sans compter les 0,7 MDH d’acomptes comme trésorerie libre (3,7 / 2,1 = 1,76). La banque peut prêter, à condition d’obtenir le calendrier des travaux et de raisonner sur le second chiffre, qui reste sous son plafond de 3. »

Testez vos connaissances

  1. La trésorerie et les délais de paiement. Le fournisseur veut savoir s’il sera payé à l’échéance : il regarde l’argent disponible et le délai auquel le client paie déjà ses fournisseurs. Le résultat fiscal intéresse le fisc, le dividende l’actionnaire, le taux d’EBE le dirigeant.
  2. La transformer en trésorerie. La richesse est créée (EBE en hausse), mais elle ne se transforme pas en argent disponible. C’est le cas de Kartona.
  3. Non. Le bilan est une photo prise à la date de clôture. Chez un exportateur saisonnier, les stocks, les créances clients et le découvert changent beaucoup d’un mois à l’autre : selon la date, le bilan montre un besoin au plus haut ou au plus bas, rarement le besoin habituel. Il faut les situations mensuelles ou les relevés bancaires (chapitre 6).
  4. Croissance : (56,0 − 50,0) / 50,0 = 12,0 %. Croissance réelle : 1,120 / 1,008 − 1 = 11,1 %. EBE : 50,0 × 12,0 % = 6,0 MDH ; 56,0 × 11,0 % = 6,2 MDH (6,16). L’EBE progresse de 2,7 % ; c’est le taux d’EBE qui perd 1 point.
  5. L’erreur : diviser par la valeur d’arrivée. Une variation se divise par la valeur de départ : (50 − 40) / 40 = +25 %. Le calcul de l’étudiant donne la baisse qu’il faudrait pour revenir de 50 à 40 (−20 %).
  6. Le HCP et l’AMMC. Le Haut-Commissariat au Plan publie l’inflation : 0,8 % en moyenne en 2025 (note du 22 janvier 2026). Les comptes consolidés d’une société cotée figurent dans les documents qu’elle dépose auprès de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), comme le document de référence 2025 de T2S Group Holding, enregistré en juillet 2026 : trois ans de comptes consolidés audités, en IFRS. Avant de les comparer à d’autres, notez le référentiel et la date.

Tableau à compléter : Kartona en quatre questions

Indicateur20232025Évolution
Chiffre d’affaires (MDH)142,0186,3+31,2 %
EBE (MDH)15,826,1+65,2 %
Taux d’EBE11,1 %14,0 %+2,9 points
Trésorerie nette au 31/12 (MDH)5,4−17,2−22,6 MDH
Résultat net / capitaux propres10,2 %11,7 %+1,5 point (1,6 sur les valeurs non arrondies)

Pour aller plus loin : la note de Laïla Bennis

Une rédaction possible : « Kartona crée davantage de richesse : son EBE progresse de 65 % en deux ans, à 26,1 MDH, soit 14,0 % du chiffre d’affaires. Elle ne transforme pas cette richesse en trésorerie : sa trésorerie nette passe de 5,4 à −17,2 MDH. Son financement reste tendu : la dette nette vaut 2,50 fois l’EBE fin 2025 (1,37 en 2023), à la limite du plafond de 2,5 fixé par le prêt. Ses actionnaires restent bien rémunérés : 11,7 % de résultat net sur capitaux propres, et un dividende porté de 2,5 à 3,5 MDH en deux ans. » Le contrat exclut du plafond les 7,3 MDH restant dus sur le crédit-bail ; le chapitre 7 montre ce que devient le ratio quand on les compte.

Première information à demander en dehors des états de synthèse : la balance âgée des créances clients, c’est-à-dire la liste des factures non encore payées, classées par ancienneté. Au bilan (chapitre 2), les créances ont augmenté de 20,1 MDH en deux ans et les stocks de 8,6 MDH, quand la trésorerie nette perdait 22,6 MDH : c’est d’abord chez les clients que l’argent est parti, et il faut savoir lesquels paient en retard. Les relevés bancaires mensuels (le découvert moyen) et le carnet de commandes sont aussi de bonnes réponses, s’ils sont justifiés.