Chapitre 2 · Lire les états de synthèse marocains
Le chapitre en six minutes

Transcription
« Lis le bilan et le CPC de 2025 ce matin. Cet après-midi, tu me diras ce que la banque va nous demander. » Youssef Amrani, le directeur administratif et financier de Kartona, confie à Imane les comptes de l’année.
La loi sur les obligations comptables des commerçants fixe cinq états de synthèse dans le modèle normal, et précise qu’ils forment un tout indissociable. Le bilan dit ce que l’entreprise possède et qui la finance. Le compte de produits et charges, le CPC, dit combien elle a gagné dans l’année. L’état des soldes de gestion montre comment se forment le résultat et l’autofinancement. Le tableau de financement explique comment l’année a été financée. L’état des informations complémentaires, l’ETIC, dit ce que les quatre autres taisent. Jusqu’à 10 millions de dirhams de chiffre d’affaires, une entreprise peut adopter un modèle simplifié de quatre états, sans état des soldes de gestion.
Imane commence par le bilan, une photo prise le jour de la clôture. Il range les fonds en trois masses de chaque côté, des plus durables en haut jusqu’à la trésorerie en bas. À droite, le passif dit d’où viennent les fonds : financement permanent, passif circulant, trésorerie passif. À gauche, l’actif dit ce que l’entreprise en a fait : actif immobilisé, actif circulant, trésorerie actif. Chaque masse se découpe en rubriques repérées par une lettre. Chaque ligne d’actif donne le brut, les amortissements et provisions, puis le net. Le passif est présenté avant répartition : le résultat de l’année reste dans les capitaux propres tant que l’assemblée n’a pas décidé ce qu’elle en fait. Au 31 décembre 2025, chaque côté du bilan de Kartona totalise 175 millions de dirhams : les deux totaux sont égaux par construction.
Le CPC est le film de l’exercice. Ses lignes, numérotées de un à seize, forment trois étages : l’exploitation, le financier, le non courant. Suivez l’escalier de Kartona en 2025. L’exploitation dégage 15,3 millions de dirhams. Le financier, intérêts et change, en retire 3,9 millions : il reste 11,4 millions de résultat courant. Le non courant retire encore 1,1 million, avec une vieille machine vendue sous sa valeur comptable et 0,4 million d’amendes et de pénalités. Le résultat avant impôts est de 10,3 millions, l’impôt en prend 2,3, et le résultat net est de 8 millions. Comment le vérifier ? Partez du total des produits, 190,7 millions, et retirez le total des charges, 182,7 millions : vous retrouvez 8 millions.
Qu’est-ce qui relie le bilan et le CPC ? Les capitaux propres. Ceux de clôture valent ceux d’ouverture, plus le résultat, moins les dividendes versés, plus les apports. Chez Kartona, partez des capitaux propres de fin 2024, que vous calculerez dans le bilan condensé. Ajoutez 8 millions de résultat, retirez 3,5 millions de dividende : vous obtenez 68,2 millions fin 2025.
Dans l’escalier du CPC, Imane note une question. L’impôt pèse 22,3 pour cent du résultat avant impôts, alors que le taux légal de Kartona en 2025 est de 21,5 pour cent. Arrêtez la vidéo et dites dans quel état chercher l’explication.
Imane trouve sa réponse dans l’ETIC, à l’état B12, qui fait passer du résultat comptable au résultat fiscal. Les 0,4 million d’amendes et de pénalités ne sont pas déductibles. L’impôt porte donc sur 10,3 plus 0,4, soit 10,7 millions. Et 21,5 pour cent de 10,7 millions, cela fait 2,3 millions.
L’ETIC montre aussi ce que le bilan cache. Imane y retrouve une machine de 10 millions de dirhams, prise en crédit-bail depuis juillet 2024 : une location avec option d’achat. La machine n’apparaît pas au bilan, et ses redevances, 2,3 millions en 2025, passent en charges. L’état B10 donne les redevances qui restent à payer : 8 millions fin 2025. Actualisées au taux du contrat, elles valent 7,3 millions de capital restant dû, que l’analyste ajoutera aux emprunts.
Dernière règle, celle de la loi sur les sociétés anonymes. Si des pertes font tomber les capitaux propres sous le quart du capital social, le conseil convoque une assemblée générale extraordinaire dans les trois mois qui suivent l’approbation des comptes. L’étude de cas « Aguelmam Tech : des pertes qui obligent le conseil à trancher » vous met dans cette situation, chez un loueur de capteurs d’humidité pour l’irrigation, à Meknès.
Lisez toujours le bilan avec le CPC, puis ouvrez l’ETIC pour trouver ce que le bilan ne montre pas, à commencer par le crédit-bail.