Chapitre 2 · Lire les états de synthèse marocains
Lire un bilan CGNC en cinq minutes

Transcription
Imane lit le bilan de Kartona. Au 31 décembre 2025, les immobilisations corporelles, le terrain, les bâtiments et les machines, valent 139,1 millions de dirhams en brut et 74,6 millions en net. Lequel de ces deux chiffres retenir ? Les deux : ils sont sur la même ligne du bilan, et ils ne disent pas la même chose.
Le bilan du Code général de normalisation comptable, le CGNC, se lit en commençant par la droite. Le passif dit d’où viennent les fonds : actionnaires, prêteurs, fournisseurs, salariés, État. L’actif, à gauche, dit ce que l’entreprise en a fait. Chaque côté compte trois masses, et chaque masse se découpe en rubriques repérées par une lettre.
À l’actif, une ligne se lit en quatre colonnes. Le brut est ce que les immobilisations ont coûté : 139,1 millions pour les corporelles de Kartona. Les amortissements et provisions cumulés atteignent 64,5 millions, soit 46 pour cent du brut, terrain compris. Le net s’obtient par différence : 74,6 millions. Enfin, le net de l’exercice précédent sert à comparer : 77 millions fin 2024.
Au passif, le bilan est présenté avant répartition. Le résultat de 2025, 8 millions de dirhams, figure dans les capitaux propres, parce que l’assemblée n’a pas encore décidé ce qu’elle en fera. Une perte y figurerait avec un signe moins, et réduirait d’autant les capitaux propres.
Le CGNC laisse chaque dette dans sa masse d’origine jusqu’à son remboursement complet. Où va l’échéance d’un emprunt payable dans trois mois ? Elle reste donc en dettes de financement. Le banquier reclasse lui-même la part à moins d’un an, qu’il lit dans le tableau des dettes de l’état des informations complémentaires, l’ETIC.
Deux rubriques surprennent. Les non-valeurs, 0,1 million chez Kartona, sont des charges étalées sur plusieurs années, comme des frais de constitution. Elles ne se revendent pas, et l’analyste les retire des capitaux propres. Les écarts de conversion enregistrent la variation d’une créance ou d’une dette en devises entre le jour de l’opération et la clôture. Une perte latente va à l’actif, un gain latent au passif.
Dans le bilan condensé de Kartona, les cases de 2024 conduisent au même total des deux côtés : 160,3 millions de dirhams.
Imane s’étonne : « Le bilan tombe juste, et la banque s’inquiète ? » Comparez les colonnes 2024 et 2025. Arrêtez la vidéo et cherchez le poste de l’actif et celui du passif qui ont le plus augmenté en un an.
Youssef Amrani, le directeur administratif et financier, lui répond : « L’équilibre est une règle d’écriture. » À l’actif, les créances clients passent de 49,7 à 62,7 millions de dirhams, soit 13 millions de plus. Au passif, la trésorerie passif passe de 5,7 à 19,5 millions, soit 13,8 millions de plus. Ce poste réunit les découverts et l’escompte, c’est-à-dire des avances de la banque sur des effets clients pas encore échus. Une hypothèse les relie : les clients paient plus tard, et la banque finance l’attente par le découvert et l’escompte. Les chapitres 5 et 6 la vérifient.
Un poste qui grossit à l’actif se lit avec celui qui grossit au passif : c’est ainsi que l’on voit qui finance quoi.