Chapitre 3 · L’activité et les soldes de gestion
Le chapitre en six minutes

Transcription
« Nos ventes ont augmenté de 17,5 pour cent l’an dernier. Je veux savoir ce qu’il nous en reste, et à quelle date de l’année nous commençons à gagner de l’argent. » Kenza Alaoui, directrice générale de Kartona, pose deux questions. Pour y répondre, il faut remettre dans un autre ordre le compte de produits et charges, le CPC.
D’abord, d’où vient cette croissance ? En 2025, Kartona a facturé 186,3 millions de dirhams, contre 158,5 millions un an plus tôt. Youssef Amrani, le directeur administratif et financier, a fait le calcul pour le conseil : les tonnes livrées ont augmenté de 12 pour cent, le prix moyen de 4,9 pour cent. Additionnez-les, vous trouvez 16,9 pour cent : il manque quelque chose. La hausse de prix porte aussi sur les tonnes supplémentaires. Les deux effets se multiplient. 1,12 fois 1,049, cela donne 1,175 : voilà les 17,5 pour cent des comptes. Bonne nouvelle : la croissance vient surtout des volumes. Une hausse portée par les seuls prix s’arrête dès que les clients trouvent moins cher ailleurs.
Le CPC range les charges par nature, sur trois étages : exploitation, financier, non courant. Mais il ne dit pas quelle richesse Kartona a créée elle-même. Le tableau de formation des résultats, le TFR, reprend les mêmes lignes et les fait descendre marche par marche, du premier au dixième solde. Première marche, la production de l’exercice : ce que Kartona a fabriqué dans l’année, qu’elle l’ait vendu, stocké ou gardé pour elle-même. Et si vous partiez du chiffre d’affaires ? Vous gonfleriez la valeur ajoutée de 4,8 millions.
À la production, ajoutez la petite marge du négoce, puis retirez ce que Kartona achète à d’autres entreprises et consomme : papier, énergie, transport, services. Il reste la richesse créée dans l’usine de Berrechid, la valeur ajoutée : 54,2 millions en 2025, soit 29,1 pour cent du chiffre d’affaires. Comparez ce taux à celui d’autres cartonniers, jamais à celui d’un distributeur ou d’un cabinet de conseil. Qui se partage cette richesse ? Les salariés reçoivent 26,8 millions, soit 49 pour cent. L’État prend 3,6 millions, les prêteurs 3,9 millions. L’entreprise garde 11,9 millions, surtout sous forme de dotations. Le résultat net, 8 millions, revient aux actionnaires. Driss Alaoui, le fondateur, en voudrait davantage.
Retirez maintenant de la valeur ajoutée les salaires et les impôts liés à l’activité : vous obtenez l’excédent brut d’exploitation, l’EBE. Chez Kartona, il atteint 26,1 millions, soit 14 pour cent du chiffre d’affaires. L’EBE mesure ce que rapporte le métier, avant les amortissements, le financement et l’impôt sur les sociétés. À la banque, c’est la première ligne que regarde Laïla Bennis.
Imane, la stagiaire, s’étonne : « Avec un EBE de 26,1 millions, pourquoi le compte bancaire est-il à découvert ? » Fin 2025, la trésorerie nette de Kartona est de moins 17,2 millions. Arrêtez la vidéo et cherchez la réponse.
Youssef lui répond. L’EBE se calcule sur des ventes facturées, pas encore toutes encaissées, et sur des achats consommés, pas forcément payés. Entre l’EBE et le compte en banque, il y a les délais de paiement et les stocks. Le chapitre 4 fait le lien.
Sous l’EBE, l’escalier continue. Retirez les dotations, vous arrivez au résultat d’exploitation. Ajoutez le résultat financier : c’est le résultat courant. Le non courant et l’impôt mènent enfin au résultat net. Quelle est la plus haute marche ? Celle des dotations : 11,3 millions en 2025, contre 6,6 millions en 2023. C’est la trace de l’onduleuse, la machine qui fabrique le carton ondulé, achetée 38 millions en 2024. En bas de l’escalier, le résultat net pèse 4,3 pour cent du chiffre d’affaires.
Reste la seconde question de Kenza : à quelle date Kartona commence-t-elle à gagner de l’argent ? Séparez les charges. Le papier et l’encre suivent les commandes : ce sont des charges variables. Les salaires des équipes permanentes, les amortissements et les intérêts pèsent même en août, quand l’usine tourne au ralenti : ce sont des charges fixes. Elles atteignent 49,9 millions en 2025. Sur chaque dirham vendu, il reste 32,9 centimes pour les couvrir : c’est le taux de marge sur coûts variables. Divisez les charges fixes par ce taux : le seuil de rentabilité est de 151,7 millions. Kartona l’atteint après 293 jours de ventes, vers le 23 octobre. Ses ventes pourraient encore baisser de 18,6 pour cent avant qu’elle perde de l’argent : c’est sa marge de sécurité.
L’étude de cas « Tanja Confection : les salaires mangent la valeur ajoutée » reprend ces calculs sur un atelier de couture de Tanger.
Retenez l’ordre des marches : la production de l’exercice, la valeur ajoutée, puis l’EBE, le palier du métier.