Chapitre 4 · De la CAF à la trésorerie
Le chapitre en six minutes

Transcription
« Nous avons gagné 8 millions de dirhams en 2025 et nous finissons l’année avec 19,5 millions de découvert et d’escompte. Où est passé le bénéfice ? » Kenza Alaoui, la directrice générale de Kartona, pose la question du chapitre. Les découverts ont grossi en 2025, l’année même où Kartona a gagné le plus.
Les deux chiffres sont exacts : l’un mesure ce que l’année a rapporté, l’autre la position en banque à la clôture. Le compte de produits et charges enregistre les ventes et les charges sans tenir compte de la date du paiement : une facture de décembre payée en avril compte dans les ventes de décembre. Du bénéfice au compte en banque, l’argent passe trois filtres.
Premier filtre : quelles charges de l’année n’ont fait sortir aucun dirham ? Les charges calculées. L’onduleuse, la machine qui fabrique le carton ondulé, a été payée en 2024, mais ses amortissements réduisent encore le résultat de 2025. Du résultat net de 8 millions, vous passez à la capacité d’autofinancement, la CAF, qui atteint 18,8 millions. Le deuxième filtre retire la hausse du besoin de financement global, le BFG : les ventes non encaissées et les stocks, moins les achats non payés. Il reste un flux d’exploitation de 3,1 millions. Le troisième ajoute ce qui ne passe pas par le résultat : investir, emprunter, rembourser, verser un dividende. Au bout, la trésorerie nette recule de 15,6 millions, de moins 1,6 à moins 17,2 millions.
La CAF, c’est ce que l’année aurait apporté en banque si toutes les factures, clients et fournisseurs, avaient été réglées avant la clôture. Elle part du résultat net. Vous y ajoutez les dotations aux amortissements et vous neutralisez les cessions d’immobilisations. Retirez de ces 18,8 millions les dividendes versés dans l’année, 3,5 millions : vous obtenez un autofinancement de 15,3 millions. Attention aux provisions sur créances clients : elles ne s’ajoutent pas au résultat, car elles réduisent déjà les créances, donc le BFG.
Le tableau de financement du Code général de normalisation comptable, le CGNC, range l’année en deux colonnes, les emplois et les ressources. Les ressources stables de Kartona atteignent 16,1 millions. Ses emplois stables, investissements et remboursements, font 16 millions. Il ne reste presque rien pour la hausse du BFG, qui atteint 15,7 millions. Les deux colonnes s’équilibrent pourtant, à 31,7 millions.
Arrêtez la vidéo et décidez : dans ce tableau, la baisse de la trésorerie, 15,6 millions, est-elle un emploi ou une ressource ?
C’est une ressource. Elle a payé ce que les ressources stables ne couvraient pas, c’est-à-dire la hausse du BFG. Imane, la stagiaire du service financier, résume : « L’usine est financée. C’est le cycle d’exploitation qui vide la caisse. »
À la banque, Laïla Bennis veut savoir d’où vient l’argent et où il va. Le tableau des flux de trésorerie le range en trois familles : exploitation, investissement, financement. Il ne fait pas partie des états de synthèse du CGNC ; l’analyste le construit à partir de la CAF. Le flux disponible est ce qui reste après les investissements pour rembourser les emprunts et verser les dividendes. En 2025, il est de moins 5,1 millions. De 2023 à 2025, la CAF monte de 11,9 à 18,8 millions, pendant que le flux d’exploitation descend de 7,7 à 3,1 millions. Kartona gagne plus et encaisse moins. Où passe la différence ? Dans le BFG, surtout les créances clients et les stocks : en 2025, sa hausse absorbe 84 pour cent de la CAF. Imane tient la réponse à sa question sur l’EBE et le découvert.
Le conseil veut pourtant porter le dividende à 4 millions en 2026. Youssef Amrani, le directeur administratif et financier, demande d’abord de vérifier que la CAF est arrivée en banque. L’encadré « Pour aller plus loin » intitulé « Un dividende porté à 4 millions de dirhams » en mesure l’effet sur la trésorerie. L’étude de cas « Taddart BTP : des chantiers rentables, une caisse vide » applique la même démarche à une entreprise de bâtiment de Béni Mellal, dont la banque refuse d’augmenter le découvert.
Retenez les trois filtres entre le bénéfice et la banque : les charges calculées, le BFG, puis l’investissement et le financement.