Chapitre 7 · Endettement et solvabilité
Le chapitre en six minutes

Transcription
« Combien d’années d’EBE vous faudrait-il pour rembourser votre dette ? C’est la première question que mon comité de crédit me posera. » Pour répondre à Laïla Bennis, chargée d’affaires de la banque, il faut d’abord savoir ce que Kartona doit.
Fin 2025, Kartona doit 48 millions de dirhams à ses prêteurs en dettes de financement, et 19,5 millions à sa banque en découverts et crédits d’escompte. Si elle remboursait avec ses 2,3 millions en banque, elle devrait encore 65,2 millions. C’est sa dette nette. Vous pouvez aussi partir de la trésorerie nette, moins 17,2 millions. Retranchée, elle s’ajoute : 48 plus 17,2 redonnent 65,2 millions. Fin 2022, la dette nette n’était que de 21,8 millions. Elle a triplé en deux temps : l’emprunt de 32 millions signé en 2024 pour la nouvelle onduleuse, puis le découvert de 2025.
D’autres dettes échappent aux dettes de financement. Le crédit-bail est hors bilan, décrit dans l’état des informations complémentaires, l’ETIC. Un compte courant d’associé non bloqué est remboursable à vue. Les dividendes votés non versés et les arriérés d’impôts ou de cotisations sociales sont dus. L’analyste les ajoute à la dette nette, avec une règle : même définition en haut et en bas du ratio. Si le crédit-bail entre dans la dette, ses redevances sortent des charges, et l’EBE monte d’autant. Les effets escomptés non échus sont déjà en crédits d’escompte : ne les comptez pas deux fois.
Rapportée aux capitaux propres, la dette nette de Kartona donne le gearing. Il passe de 36,5 pour cent en 2023 à 95,6 pour cent en 2025 : les prêteurs financent presque autant que la famille Alaoui. Rapportée à l’EBE, elle passe de 1,37 à 2,50 fois. Voilà la réponse à Laïla : deux ans et demi d’EBE. Quant aux intérêts, l’EBE les couvrait 8,8 fois en 2023, et 6,7 fois en 2025.
La banque demande aussi : l’année a-t-elle payé ses échéances ? En 2025, Kartona a dégagé 18,8 millions de capacité d’autofinancement, la CAF. Ses dettes de financement représentent 2,6 années de CAF, pour un prêt de sept ans. Mais la hausse du BFG a absorbé 15,7 millions. Après 3,9 millions d’intérêts, l’exploitation n’a laissé que 3,1 millions de trésorerie, pour 7 millions d’échéances. Le ratio de couverture du service de la dette, le DSCR, divise le flux d’exploitation plus les intérêts, 7 millions, par les échéances plus les intérêts, 10,9 millions. Il vaut 0,64 : l’exploitation n’a payé que 64 pour cent du service de la dette, et le découvert a payé le reste.
En prêtant les 32 millions, la banque a posé une condition, un covenant : chaque 31 décembre à partir de 2025, la dette nette ne doit pas dépasser 2,5 fois l’EBE, crédit-bail exclu. Pourquoi ce délai ? Youssef le rappelle à Imane : la dette d’un gros investissement arrive d’un coup, l’EBE de la machine vient peu à peu.
Arrêtez la vidéo et calculez la dette nette maximale que le contrat autorise fin 2025, avec un EBE de 26,1 millions.
Le plafond vaut 2,5 fois 26,1, soit 65,25 millions. Avec 65,2 millions de dette nette, Imane mesure une marge de manœuvre de 0,05 million, soit 50 000 dirhams. Le ratio vaut 2,498 : le covenant est tenu, de justesse, et la banque refera ce calcul sur les comptes arrêtés, au dirham près. Crédit-bail compris, il monterait à 2,55 : Kartona ne tient son covenant que parce que le contrat exclut le crédit-bail. Pour comparer, T2S Group Holding est cotée depuis juillet 2026. Son crédit d’acquisition plafonne la dette nette à 3,5 fois l’EBE jusqu’en 2026, puis à 2,5 fois à partir de 2027, et exige un DSCR supérieur à 1,1.
Reste la lecture du banquier à moins d’un an. Le Code général de normalisation comptable, le CGNC, laisse l’échéance d’emprunt de l’année dans les dettes de financement. Laïla l’ajoute aux dettes à moins d’un an, pour 7 millions estimés, et retire les stocks, parce qu’il faut les vendre et encaisser avant de payer. C’est la liquidité réduite : 1,21 sur le bilan tel quel, 1,08 avec l’échéance. Il reste 8 pour cent de marge, et elle repose sur des clients qui paient à 101 jours. Une garantie de Tamwilcom ne change rien à la dette. Elle couvre une partie de la perte de la banque, et l’entreprise reste débitrice de tout le crédit.
L’étude de cas « Clinique Tislit : une nouvelle aile, un nouveau prêt » applique ces calculs à une clinique de Béni Mellal.
Retenez les quatre questions du banquier : combien l’entreprise doit, en combien d’années d’EBE elle rembourserait, ce que l’année a vraiment payé, et ce que la banque récupère si tout tourne mal.