Chapitre 7 · Endettement et solvabilité
De la dette déclarée à la dette ajustée

Transcription
Combien Kartona doit-elle vraiment ? Au bilan, sa dette nette est de 65,2 millions de dirhams fin 2025. Ajoutez ce qui reste dû sur la machine qu’elle loue en crédit-bail depuis 2024, et la dette passe à 72,5 millions. Entre la dette déclarée et celle que retient l’analyste, il y a des lignes à aller chercher une par une, chacune avec sa source.
Elles se trouvent à trois endroits. Les dettes de financement et la trésorerie se lisent directement au bilan. Le passif circulant contient des dettes qui ont l’air de relever de l’exploitation. L’état des informations complémentaires, l’ETIC, décrit ce qui n’est pas au bilan.
Première ligne, le crédit-bail. Le Code général de normalisation comptable, le CGNC, laisse la machine louée hors du bilan. Le tableau des biens en crédit-bail de l’ETIC donne les redevances restant à payer. Faut-il les ajouter telles quelles ? Non : elles contiennent des intérêts futurs. L’analyste en tire le capital restant dû, la part qui rembourse la machine. Chez Kartona, ce capital restant dû atteint 7,3 millions fin 2025. La dette nette retraitée vaut 65,2 plus 7,3, soit 72,5 millions.
Le crédit-bail est maintenant dans la dette. Que faut-il modifier d’autre dans le ratio de la dette nette à l’excédent brut d’exploitation, l’EBE ? Arrêtez la vidéo et cherchez la réponse.
L’EBE lui-même, en bas du ratio. Les redevances, 2,3 millions en 2025, figurent en charges externes. Si la machine est traitée comme achetée à crédit, elles deviennent des intérêts et un amortissement, deux charges situées sous l’EBE. L’EBE retraité passe de 26,1 à 28,4 millions. Le ratio vaut alors 72,5 divisé par 28,4, soit 2,55. Et si vous divisez par l’EBE publié ? Vous trouvez 2,78, et ce ratio est faux : la dette contient le crédit-bail, et l’EBE en supporte encore le coût. D’où la règle : même définition en haut et en bas du ratio.
Les quatre lignes suivantes viennent du passif circulant. Pourquoi un compte courant d’associé non bloqué serait-il une dette ? Parce qu’il est remboursable à vue. Bloqué, il reste en quasi-fonds propres, comme au chapitre 5. Les dividendes votés et non versés sont dus aux actionnaires. Les dettes fiscales et sociales échues sont un crédit que l’État et les organismes sociaux subissent sans l’avoir accordé. Les dettes envers les fournisseurs d’immobilisations sont un investissement payé à crédit. Dans une acquisition, l’analyste de l’acheteur reclasse de la même façon les cotisations échues et les dividendes votés : le prix payé au vendeur baisse d’autant.
Un piège, pour finir. Les effets escomptés non échus sont déjà dans les crédits d’escompte, en trésorerie passif. Ne les ajoutez que s’ils sont sortis des créances clients ; sinon, vous les comptez deux fois.
Appliquez la méthode à l’exercice « À vous » sur la dette nette ajustée. Partez de la dette nette déclarée, 12 millions. Ajoutez 1,5 million de dividendes votés non versés et 0,8 million de cotisations échues. Ajoutez encore 3 millions de compte courant d’associé non bloqué et 2,2 millions de capital restant dû sur le crédit-bail. La dette nette ajustée est de 19,5 millions, soit 7,5 millions de plus que la dette déclarée.
Un retard de paiement allège le besoin de financement global, pas la dette : l’analyste remet l’arriéré dans la dette nette.