Corrigé vidéo · Pour aller plus loin
Céder ses créances pour tenir le covenant

Transcription
Fin 2025, Kartona respecte à 50 000 dirhams près le covenant de son prêt : sa dette nette ne doit pas dépasser 2,5 fois son excédent brut d’exploitation, l’EBE. Imane, la stagiaire, a mesuré cette marge : un peu moins d’EBE, et le covenant était rompu. Dans l’encadré « Pour aller plus loin » intitulé « Céder ses créances pour tenir le covenant », Youssef Amrani, le directeur administratif et financier, teste une parade. Le 31 décembre, Kartona cède 10 millions de dirhams de créances clients à une société d’affacturage, sans recours : si un client ne paie pas, la perte est pour la société d’affacturage. Avec l’argent reçu, elle rembourse son découvert. Les commissions coûtent 0,3 million par an et vont en charges financières. Il faut recalculer la dette nette, le ratio de la dette nette à l’EBE et le gearing, puis dire si Kartona est moins endettée pour autant.
Commencez par la dette nette. Les créances cédées sortent des comptes clients, et le découvert baisse de 10 millions. La dette nette passe de 65,2 à 55,2 millions.
Et l’EBE ? Il ne bouge pas. La cession a lieu le dernier jour de l’exercice, et l’énoncé range les commissions en charges financières, sous l’EBE. L’EBE reste donc à 26,1 millions. Dans la réalité, la part service de la commission est souvent classée en charges externes : elle réduirait l’EBE de 2026.
Posez deux colonnes, avant et après. Le ratio du contrat, celui que Laïla Bennis a calculé à la banque, valait 2,498. Il devient 55,2 divisé par 26,1, soit 2,11, pour un plafond de 2,5. La marge de manœuvre, c’est 2,5 fois l’EBE moins la dette nette : elle passe de 0,05 million à 10,05 millions. Le gearing, c’est la dette nette divisée par les capitaux propres de 68,2 millions : il passe de 95,6 à 80,9 pour cent. Sur le papier, Kartona respire.
Arrêtez la vidéo et répondez à la dernière question de l’énoncé : Kartona est-elle moins endettée pour autant ?
Non. Elle a remplacé un découvert par un financement de la société d’affacturage. Ses clients paient toujours à 101 jours, et elle paie 0,3 million de plus chaque année. Comme la cession est sans recours, le risque d’impayé passe à la société d’affacturage, ce qui rapproche l’opération d’une vente. Mais l’opération couvre toujours le besoin de financement global, le BFG : l’argent que Kartona attend de ses clients lui a été avancé, contre rémunération.
Un analyste prudent va plus loin. Les commissions, le coût de l’opération, sont déjà classées en charges financières, comme les intérêts d’un emprunt. L’analyste traite donc l’encours cédé comme une dette : il l’ajoute à la dette nette et retrouve 65,2 millions, pour un ratio de 2,50. Pour lui, rien n’a changé.
L’affacturage donne de la trésorerie et de la marge sur le covenant tel qu’il est rédigé. Il ne réduit pas le besoin de financement. Youssef doit-il signer ? Pas avant d’avoir lu, dans le contrat de prêt, la définition de la dette nette : c’est elle qui dit si la banque verra 55,2 ou 65,2 millions. Le remède durable passe par le délai clients, que traite le chapitre 6, ou par une hausse de l’EBE. L’affacturage fait partie des quatre décisions de 2026 que tranche le chapitre 10.
Une créance cédée pour rembourser un découvert déplace la dette sans la réduire : l’analyste prudent remet l’encours cédé dans la dette nette.