Chapitre 9 · Les ratios au service du diagnostic
Le chapitre en six minutes

Transcription
« Vos marges progressent, votre découvert aussi. » Avant de renouveler les lignes de crédit de Kartona, Laïla Bennis, à la banque, demande une page de ratios. Elle a sous les yeux trois chiffres de 2025. Le taux d’excédent brut d’exploitation, l’EBE, est de 14 pour cent. La rentabilité des capitaux propres, le ROE, atteint 11,7 pour cent. La trésorerie nette tombe à moins 17,2 millions de dirhams. Les deux premiers rassurent, le troisième inquiète.
Rangés sur trois ans avec d’autres, ils expliquent comment une entreprise rentable finit l’année à découvert. C’est l’objet du tableau de bord financier : une douzaine de ratios aux définitions fixes, rangés selon les quatre questions de l’analyste. Créer de la richesse, transformer en trésorerie, être bien financé, rémunérer ceux qui financent.
Chaque ratio a un sens de lecture : un taux d’EBE est meilleur quand il monte, un délai clients quand il baisse. Chacun reçoit aussi un feu, qui compare 2025 à 2023. Vert s’il est stable ou meilleur, orange s’il se dégrade de plus de 5 pour cent, rouge s’il perd un tiers ou plus. Kartona a cinq feux verts, trois orange et quatre rouges. Verdict : les marges au vert, la trésorerie et le financement au rouge.
À quoi comparer Kartona ? D’abord à elle-même. En deux ans, le taux d’EBE de Kartona gagne 2,9 points, de 11,1 à 14 pour cent : l’écart entre deux pourcentages se compte en points. Les repères publics marocains, ensuite, mélangent tous les métiers : ils ne donnent qu’un ordre de grandeur. Kartona encaisse ses clients en 101 jours, contre 89 pour les grandes entreprises suivies par l’Observatoire des délais de paiement, sur des données de 2022.
Imane lit les lignes dans l’ordre : « Les marges sont bonnes, seule la trésorerie coince. » Faites comme Youssef : partez du ratio le plus dégradé, remontez à sa cause, puis descendez vers ses conséquences. En 2025, les ventes progressent de 17,5 pour cent. Les clients paient en 101 jours, contre 90 en 2023, et Kartona paie ses fournisseurs en 68 jours, contre 77. Le besoin de financement global, le BFG, augmente de 15,7 millions, la trésorerie nette tombe à moins 17,2 millions. La dette nette atteint 2,498 fois l’EBE, juste sous le plafond de 2,5 du covenant. D’où viennent les quatre feux rouges ? De deux causes. La première est voulue : l’onduleuse de 2024, payée à crédit. La seconde ne l’est pas : des clients qui paient plus tard, des fournisseurs payés plus tôt.
De 2023 à 2025, le ROE passe de 10,2 à 11,7 pour cent. Tout va-t-il mieux ? Arrêtez la vidéo et répondez.
Non. La rentabilité des capitaux employés après impôt, le ROCE, recule de 9,4 à 9,1 pour cent. Le gearing, la dette nette rapportée aux capitaux propres, grimpe de 36,5 à 95,6 pour cent. Toute la hausse du ROE vient de la dette. Un ratio de rentabilité se lit à côté d’un ratio de risque.
Un résultat de qualité vient du métier et se répète. Prenez T2S Group Holding, cotée à Casablanca depuis juillet 2026. En 2025, son résultat net consolidé passe de 77,6 à 211,3 millions de dirhams. Près d’un tiers de ce résultat ne se répétera pas : il vient d’un élément non récurrent de 65,3 millions avant impôt, lié surtout à la cession d’une activité. D’où l’EBE normalisé, celui que l’entreprise peut répéter. Chez un distributeur de pièces automobiles, 8 millions d’EBE deviennent 7,1 millions. On retire le salaire que le fondateur ne se verse pas, le complément de loyer qu’exigerait le marché et des pertes sur créances qui reviennent chaque année. On rajoute une prime versée une seule fois.
Restent les signaux d’alerte. Le résultat se dégrade souvent en dernier : celui de Kartona progresse encore quand sa trésorerie nette perd 15,6 millions. Les premiers signaux viennent du cycle : le BFG grossit de 37 pour cent quand les ventes en gagnent 17,5, et l’EBE n’est plus converti en trésorerie qu’à 12 pour cent. Si la continuité de l’exploitation est menacée, la loi 73-17 organise l’alerte. Le commissaire aux comptes, ou un associé, informe le chef d’entreprise dans les huit jours suivant la découverte des faits. Sans redressement, l’assemblée générale délibère, puis le président du tribunal peut intervenir. Un score bancaire, calculé sur des comptes anciens, dit où regarder ; le diagnostic dit pourquoi.
L’étude de cas « Oliwad : un résultat qui double, une dette qui déborde » applique la méthode à un transformateur d’olives de la région de Meknès.
Retenez qu’un feu rouge se lit en remontant à sa cause : chez Kartona, les quatre viennent de l’onduleuse de 2024 et des délais de paiement.