Chapitre 9 · Les ratios au service du diagnostic
Construire le tableau de bord pas à pas

Transcription
« Avant de renouveler vos lignes de crédit, il me faut une page de ratios et la liste des voyants que vous surveillez. » La demande vient de Laïla Bennis, chargée d’affaires de la banque. Youssef Amrani, le directeur administratif et financier, a retenu douze ratios, sur trois années : le tableau de bord tient sur une page. Avant de regarder les chiffres, une question : dans quel sens chaque ratio s’améliore-t-il ?
Huit ratios sont meilleurs quand ils montent. Il y a d’abord la croissance du chiffre d’affaires, le taux d’excédent brut d’exploitation, ou taux d’EBE, et le taux de résultat net. Il y a aussi le délai fournisseurs, la conversion de l’EBE et la couverture des intérêts. Ajoutez-y les deux rentabilités : celle des capitaux employés, le ROCE, et celle des capitaux propres, le ROE. Quatre sont meilleurs quand ils baissent : le délai clients, le besoin de financement global en jours de chiffre d’affaires, le gearing, et la dette nette rapportée à l’EBE.
Deux lignes demandent une précision. La croissance est-elle favorable ? Oui, tant que le besoin de financement global, le BFG, ne grandit pas plus vite qu’elle. Lisez-la toujours avec le BFG en jours. Le délai fournisseurs, lui, soulage la trésorerie quand il s’allonge. Mais la loi 69-21 le borne : 60 jours après la facture sans accord entre les parties, 120 jours au plus avec accord.
Chaque donnée se trouve dans la liasse de Kartona. Le compte de produits et charges et l’état des soldes de gestion donnent le chiffre d’affaires, l’EBE, le résultat net, les intérêts et la capacité d’autofinancement, la CAF. Le bilan donne les créances clients, les dettes fournisseurs, les capitaux propres, les dettes de financement et la trésorerie. Le tableau de financement donne la variation du BFG.
Le douzième ratio est nouveau : la conversion de l’EBE, c’est-à-dire le flux de trésorerie d’exploitation divisé par l’EBE. Pour 100 dirhams d’EBE, combien entrent en caisse ? En 2023, Kartona dégage 7,7 millions de dirhams de flux pour 15,8 millions d’EBE, soit 48,7 pour cent. En 2025, elle ne dégage plus que 3,1 millions pour 26,1 millions d’EBE, soit 11,9 pour cent. Même si le BFG n’avait pas augmenté, Kartona plafonnerait à 72 pour cent en 2025 : c’est sa CAF divisée par son EBE, car le flux se calcule après les intérêts et l’impôt.
Restent les voyants que demande Laïla Bennis. Chaque ratio reçoit un feu, qui compare 2025 à 2023, en variation relative. Le feu est vert si le ratio est stable à 5 pour cent près, ou meilleur. Il est orange s’il se dégrade de plus de 5 pour cent, et rouge s’il se dégrade d’un tiers ou plus. Un taux d’EBE de 11,1 pour cent passerait à l’orange s’il perdait plus d’un vingtième de sa valeur : sous 10,5 pour cent, soit 0,6 point de moins.
Essayez sur une ligne du tableau. Le délai fournisseurs de Kartona passe de 77 à 68 jours. Arrêtez la vidéo et dites dans quel sens il devrait aller, de combien il varie, et quel feu il reçoit.
Il devrait monter. Or il baisse d’environ 12 pour cent : 68 divisé par 77, moins 1. La dégradation dépasse 5 pour cent sans atteindre un tiers : le feu est orange. Kartona paie ses fournisseurs plus tôt, et sa trésorerie finance cette avance.
Avant de croire le tableur, refaites deux ratios de tête. 65 millions de dette nette pour 26 millions d’EBE, cela fait environ 2,5 fois. 63 millions de créances pour 224 millions de ventes toutes taxes comprises, cela fait un peu plus du quart de l’année, soit une centaine de jours. Un tableur qui affiche 25 fois ou mille jours contient une erreur.
Retenez qu’un ratio ne reçoit son feu qu’une fois son sens de lecture connu : un délai fournisseurs qui baisse est une dégradation.