Chapitre 5 · L’équilibre financier : FRF, BFG et trésorerie
Le bilan fonctionnel de Kartona 2025

Transcription
Où ranger les 19,5 millions de dirhams de découverts et de crédits d’escompte de Kartona ? La réponse est déjà écrite au bilan du 31 décembre 2025, présenté selon le Code général de normalisation comptable, le CGNC. Mettez ce bilan à côté d’un bilan fonctionnel vide, à trois étages, et remplissez-le de haut en bas.
L’étage du haut oppose le financement permanent à l’actif immobilisé. Le financement permanent additionne les capitaux propres, 68,2 millions, les dettes de financement, 48 millions, et les provisions durables, 0,6 million : 116,8 millions en tout. L’actif immobilisé, net d’amortissements, vaut 75,7 millions. Le fonds de roulement fonctionnel, le FRF, est la différence : 41,1 millions. Les ressources stables paient toutes les immobilisations, la nouvelle onduleuse comprise, et il en reste 41,1 millions pour le cycle d’exploitation.
L’étage du milieu reprend l’actif circulant hors trésorerie : les stocks, 28,8 millions, les clients, 62,7 millions, l’État et les autres débiteurs, 5,5 millions. Le total fait 97 millions. En face se trouve le passif circulant hors trésorerie : les fournisseurs, 30,5 millions, puis le personnel, les organismes sociaux, l’État et les autres créanciers, 8,2 millions. Le total fait 38,7 millions. Le besoin de financement global, le BFG, vaut 97 moins 38,7, soit 58,3 millions.
Et les crédits d’escompte, alors ? Ils n’entrent pas à cet étage. Quand Kartona remet des effets de commerce à sa banque avant leur échéance, la banque lui avance l’argent, et le risque d’impayé reste chez Kartona. C’est un crédit de trésorerie, que le CGNC range en trésorerie passif.
L’étage du bas compare 2,3 millions en banque à 19,5 millions de découverts et de crédits d’escompte. La trésorerie nette vaut 2,3 moins 19,5, soit moins 17,2 millions. Contrôlez par le haut : le FRF moins le BFG, 41,1 moins 58,3, donne aussi moins 17,2 millions. Les deux chemins concordent.
Supposez qu’un crédit d’escompte soit resté par erreur dans le passif circulant. Le contrôle par les deux chemins repère-t-il l’erreur ? Arrêtez la vidéo et cherchez la réponse.
Non. Le passif circulant monte, donc le BFG baisse. La trésorerie passif baisse du même montant. Les deux chemins donnent la même trésorerie nette, et elle est fausse. Il faut donc relire la trésorerie passif ligne à ligne.
Le bilan fonctionnel de 2025 se lit alors en une phrase. Le financement permanent couvre les immobilisations, mais le FRF ne couvre que 70 pour cent du BFG, et la banque finance le reste à court terme. Souvenez-vous de Laïla Bennis, chargée d’affaires de la banque : l’onduleuse est financée sur sept ans, mais le découvert, elle peut le réduire demain matin.
Reste 2024, avec le tableau « Kartona SA, bilan fonctionnel 2024 ». Le financement permanent vaut 63,7 plus 55 plus 0,6, soit 119,3 millions. Retirez l’actif immobilisé, 78,3 millions : le FRF est de 41 millions. L’actif circulant hors trésorerie fait 77,9 millions, et le passif circulant hors trésorerie 35,3 millions. Le BFG vaut donc 42,6 millions. Par le haut, la trésorerie nette vaut 41 moins 42,6, soit moins 1,6 million. Par le bas, 4,1 moins 5,7, cela donne encore moins 1,6 million. Dès 2024, le FRF ne couvre plus le BFG.
D’une année à l’autre, le FRF gagne 0,1 million, le BFG monte de 15,7 millions, et la trésorerie nette perd 15,6 millions. Toute la dégradation vient de l’étage du milieu. Imane, la stagiaire, le voit sur les quatre derniers bilans : le FRF bouge à peine, le BFG monte.
Un dernier piège. Et si vous écriviez la trésorerie nette comme le BFG moins le FRF ? Chez Kartona, 58,3 moins 41,1, cela donne plus 17,2 millions. Le montant est juste, le signe est faux : une entreprise à découvert semble avoir de l’argent en banque.
Retenez le double contrôle : la trésorerie nette par le haut et par le bas, puis la trésorerie passif relue ligne à ligne.