Chapitre 6 · Le besoin de financement d’exploitation en jours
Le BFG mois par mois

Transcription
Au 31 décembre 2025, le besoin de financement global d’un fabricant de fournitures scolaires de Casablanca, son BFG, n’est que de 1,8 million de dirhams. Fin août, il atteignait 7,4 millions. Lequel de ces deux chiffres faut-il financer ? L’entreprise vend 36 millions par an à des distributeurs, surtout en juillet et en août. Elle fabrique et stocke dès le printemps.
Suivez le besoin mois par mois. Il part de 1,9 million fin janvier, puis monte avec la production : 2,8 millions fin mars, 4,6 fin mai, 7 fin juillet, et 7,4 millions fin août, le pic de l’année. Après la saison des ventes, il retombe : 5,5 millions fin septembre, 3,3 fin octobre, 2,1 fin novembre, puis 1,8 au 31 décembre, jour du bilan. Le bilan a photographié le point bas de l’année.
Additionnez les douze fins de mois : 48 millions. La moyenne vaut 48 divisé par 12, soit 4 millions. Pour comparer, exprimez chaque montant en jours de ventes : divisez-le par 36, puis multipliez par 360. Le bilan donne 18 jours. La moyenne donne 40 jours, et le pic d’août 74 jours. Que vaut alors le chiffre du bilan ? Il montre moins de la moitié du besoin moyen, et le quart du pic.
Revenez à la question du début : quel chiffre financer ? Chacun lit le sien. Le banquier dimensionne la ligne de crédit sur le pic. L’analyste juge le besoin normal sur la moyenne. Cette moyenne sert à contrôler le besoin en fonds de roulement normatif, exprimé en jours de chiffre d’affaires. Multipliez ces jours par le chiffre d’affaires prévu et divisez par 360 : vous obtenez le BFG prévisionnel. C’est l’outil que Youssef Amrani, le directeur administratif et financier de Kartona, applique à la commande de l’exportateur d’agrumes.
Mettez-vous maintenant à la place d’un acheteur qui reprend l’entreprise sur son bilan du 31 décembre. Combien devra-t-il financer en plus, en moyenne sur l’année, puis au pic d’août ? Arrêtez la vidéo et faites le calcul.
En moyenne, 4 moins 1,8, soit 2,2 millions. Au pic d’août, 7,4 moins 1,8, soit 5,6 millions. Dans l’encadré « Sur le terrain » intitulé « Le prix d’une clôture flatteuse », un acheteur a demandé les comptes de chaque fin de mois sur deux ans. Il a retiré ce type d’écart du prix payé aux vendeurs, comme une dette de plus.
Et sans comptes mensuels ? Dans un autre dossier du même encadré, l’écart n’a pas pu être chiffré, et cette absence renseignait déjà sur la gestion. L’analyste peut au moins approcher ces montants à partir des relevés bancaires. La trésorerie nette égale le fonds de roulement fonctionnel, le FRF, moins le BFG. Le BFG égale donc le FRF moins la trésorerie nette. Si le FRF ne bouge pas dans l’année, chaque solde de fin de mois donne, par différence, le BFG du mois. La méthode a deux limites. Un emprunt ou un investissement en cours d’année déplace le FRF. Et des effets escomptés, ou des chèques remis mais pas encore encaissés, faussent le solde du relevé, qui n’est plus la trésorerie nette.
L’étude de cas « Baies du Souss : le besoin qui gonfle au printemps » fait le chemin inverse. Elle part d’un FRF stable et de douze BFG de fin de mois, et en tire la trésorerie nette de chaque mois pour fixer le crédit de campagne. La gérante, Nadia Berrada, veut réduire ce crédit, parce que son bilan de fin d’année affiche une trésorerie nette positive. Vous avez de quoi lui répondre.
Retenez que le BFG d’une activité saisonnière se juge sur la moyenne des fins de mois, et que la ligne de crédit se fixe sur le pic.