Chapitre 8 · Rentabilité économique et financière
Capitaux employés et ROCE de Kartona

Transcription
Fin 2025, le bilan de Kartona totalise 175 millions de dirhams, mais ses capitaux employés ne font que 134 millions. C’est sur ces 134 millions que se calcule la rentabilité économique, le ROCE. C’est le chiffre que regarde Laïla Bennis, à la banque. Refaisons ensemble la colonne 2025 du tableau « Kartona SA, capitaux employés et ROCE ».
Posez le bilan fonctionnel de 2025 en deux colonnes. À gauche, mettez ce que l’exploitation immobilise : 75,7 millions d’actif immobilisé et 58,3 millions de besoin de financement global, le BFG. Le BFG, ce sont surtout les stocks et les créances clients, moins les dettes fournisseurs. Le total fait 134 millions. À droite, mettez ce qui finance le métier : 68,2 millions de capitaux propres, 65,2 millions de dette nette et 0,6 million de provisions durables. Le total fait encore 134 millions. Les deux côtés doivent tomber sur le même chiffre ; sinon, un poste est mal classé.
Deux erreurs reviennent souvent. La première consiste à prendre le total du bilan, 175 millions. D’où vient l’écart de 41 millions ? Des dettes du passif circulant, que le BFG retranche déjà, et de la trésorerie actif, que la dette nette retranche. La seconde consiste à diviser le résultat net par les capitaux employés. Le résultat net est calculé après les intérêts, alors que la dette reste au dénominateur. Le bon numérateur est le résultat d’exploitation, avant frais financiers.
Le ROCE vaut 15,3 millions de résultat d’exploitation divisés par 134 millions, soit 11,4 pour cent avant impôt. Décomposez-le. La marge d’exploitation, c’est 15,3 divisé par 186,3 millions de chiffre d’affaires, soit 8,21 pour cent. La rotation, c’est 186,3 divisé par 134, soit 1,39 : chaque dirham immobilisé porte 1,39 dirham de ventes. 8,21 pour cent fois 1,39, cela redonne 11,4 pour cent. Ce produit vous sert de contrôle.
Après impôt, prenez le taux de 2026, soit 20 pour cent : 11,4 pour cent fois 0,8, cela donne 9,1 pour cent. Et au taux transitoire de 2025, soit 21,5 pour cent ? Vous trouveriez 9 pour cent. Un dixième de point d’écart ne change pas la lecture.
À vous, maintenant. Arrêtez la vidéo et remplissez la colonne 2024, avec un actif immobilisé de 78,3 millions, un BFG de 42,6 millions, un résultat d’exploitation de 13,5 millions et un chiffre d’affaires de 158,5 millions.
Les capitaux employés font 78,3 plus 42,6, soit 120,9 millions. La marge d’exploitation est de 8,52 pour cent, la rotation de 1,31. Le ROCE vaut 11,2 pour cent avant impôt, 8,9 pour cent après. Contrôle : 8,52 pour cent fois 1,31, cela redonne bien 11,2 pour cent.
Lisez maintenant les trois années ensemble. De 2023 à 2025, le résultat d’exploitation progresse de 59 pour cent, les capitaux employés de 65 pour cent. La marge monte, la rotation baisse, et le ROCE recule à peine, de 11,8 à 11,4 pour cent. Les capitaux ont grossi pour trois raisons : l’onduleuse de 38 millions achetée en 2024, la croissance des ventes et un crédit client plus long. Youssef Amrani, le directeur administratif et financier, résume : « Nous gagnons plus sur chaque carton, mais il faut beaucoup plus d’argent pour les fabriquer. » Kartona peut aussi relever son ROCE sans toucher à la marge, en se faisant payer plus vite par ses clients.
L’année 2024 demande une précaution. Sur les capitaux de clôture, le ROCE fléchit à 11,2 pour cent. Pourquoi ? L’onduleuse pèse pour tout son montant au 31 décembre, alors que ce qu’elle rapporte n’arrive que peu à peu. Sur la moyenne des capitaux de début et de fin d’année, soit 101,1 millions, il monterait à 13,4 pour cent.
Retenez que le ROCE se contrôle deux fois : les capitaux employés par l’actif et par le passif, puis le taux par le produit de la marge et de la rotation.