Chapitre 10 · Rédiger un diagnostic financier
Présenter un diagnostic en cinq minutes

Transcription
Le jour du conseil, Imane a cinq minutes pour présenter le diagnostic de Kartona. Celui qui écoute ne peut pas revenir en arrière comme sur une page. Comment faire tenir la note en cinq minutes ? Le plan de la note devient un minutage, dans le même ordre : trente secondes pour la conclusion et trois minutes pour les arguments, avec un visuel par argument. Viennent ensuite une minute pour les recommandations et trente secondes pour la décision à voter.
La conclusion se dit sans regarder l’écran. « Kartona gagne mieux sa vie, mais elle finance sa croissance à découvert, et sa dette nette touche le plafond de son contrat de prêt. Priorité de 2026 : encaisser plus vite, et ne financer aucune vente à long délai par le découvert. » Si un administrateur décroche après ces deux phrases, il sait déjà ce qu’on va lui demander.
Viennent les arguments de la note, un visuel pour chacun. Que met-on sur un visuel ? Un seul message : le chiffre arrondi et sa comparaison. Premier argument, le métier est plus rentable : l’excédent brut d’exploitation, l’EBE, atteint 26 millions de dirhams en 2025, contre 16 en 2023. Deuxième argument, la croissance consomme la trésorerie : le besoin de financement global passe de 84 à 113 jours de chiffre d’affaires, et la trésorerie nette tombe à moins 17 millions. Troisième argument, la dette touche le plafond : la dette nette vaut 2,498 fois l’EBE, pour un plafond de 2,5. Les autres ratios restent en annexe de la note.
Le contre-exemple est une diapositive de quarante ratios, commentés à égalité. Le conseil n’y trouve pas le message. Corrigée, la même diapositive garde un chiffre et sa comparaison.
Un visuel fait pourtant exception : celui de la dette garde trois décimales, alors que les autres chiffres sont arrondis. Pourquoi ? Arrêtez la vidéo et cherchez la réponse.
Parce qu’arrondi à 2,5, le ratio cacherait l’écart avec le plafond. Cet écart est mince : 0,05 million de dirhams de marge, soit 50 000 dirhams. C’est cet écart que le conseil doit voir.
La minute des recommandations en donne une par question posée au conseil, chacune avec son chiffre pro forma. Ce chiffre est calculé comme si la décision avait été prise à la date du bilan. Avec le délai clients ramené à 90 jours, la dette nette tombe à 2,24 fois l’EBE. Avec le dividende de 3,5 millions reconduit et versé après ce retour, le ratio passe à 2,37. Avec la commande à 120 jours financée à part, il est de 2,35 en année pleine. Avec un plafond renégocié à 3 fois l’EBE, la marge atteint 13,1 millions. Chaque recommandation a son responsable : Kenza pour la commande, le conseil pour le dividende, Youssef pour le délai clients et pour la discussion avec Laïla Bennis, à la banque.
Les trente dernières secondes portent la décision à voter, en une phrase : le retour à 90 jours de délai clients, et un dividende de 3,5 millions versé après ce retour.
Restent les questions. Driss Alaoui, le fondateur, demande : « Et le dividende ? » Kenza lui répond qu’à 101 jours de délai clients, un dividende de 3,5 millions porterait le ratio à 2,63, au-dessus du plafond. Et si vous n’avez pas la réponse ? Dites-le, avec un délai : « Je vérifie et je vous réponds demain. » Un chiffre inventé devant un conseil finit par se découvrir, et il fait alors douter de tous les autres.
Ce jour-là, Imane a parlé quatre minutes quarante, et le conseil proposera un dividende de 3,5 millions, versé après le retour à 90 jours.
Retenez que l’oral suit le plan de la note : la conclusion en trente secondes, puis un visuel par argument, avec un seul chiffre et sa comparaison.